La baraka était de mon côté : j’allais découvrir Marrakech en version privilégiée dans un de ces palais privés convertis en maison d’hôtes de luxe. Ce riad-ci est unique et extraordinaire puisque c’était celui du secrétaire particulier de Thami El Glaoui, le célèbre Pacha de Marrakech, intimement lié à l’histoire du Maroc pendant la première moitié du XXème siècle. Pacha Glaoui avait la fortune, les armées, le harem et les honneurs de la Cour. On ne doute pas alors qu’il avait doté son bras droit d’un palais à la hauteur de son pouvoir. Mon barda sous le bras, j’allais donc vivre un peu de la langueur orientale non pas comme une simple bédouine mais comme une véritable Sultane.
La Medina de Marrakech grouille de vie mais son ramdam s’arrête pile dès que l’on passe la porte d’un de ses palais. Celle en bois sculpté du Riad Charaï étouffe parfaitement la rumeur des souks. Ce n’est que parvenus sur son toit terrasse offrant une vue à 360º sur les cheminées des casbahs jusqu’aux montagnes enneigées de l’Altas que l’on se rappelle que l’on n’est pas au fond d’un bled mais bien au cœur de l’envoutante ville ocre, à 15 minutes à pieds de la célèbre place Jemaa El Fna.
C’est devant ce panorama que j’ai la faveur de me faire servir le rituel du thé à la menthe, accompagné de succulentes pâtisseries marocaines dégoulinantes d’amandes, de miel et de fleur d’oranger. Parmi les meilleures traditions du Maroc que ce riad a conservées il y a celle de l’accueil, souvent intimement liée à la bonne chère. Je décide donc de réserver fissa un cours de cuisine traditionnelle suivi d’un diner typique préparé sur demande par les fatmas du riad. Le tajine aux olives et citrons confits et la pastilla délicieusement sucrée-salée et fondante-croustillante sont servis dans une agréable salle à manger marocaine ouverte sur le patio.
Une des bonnes surprises du Riad Charaï est l’espace qu’il offre. En plein centre-ville on se serait attendus à un gourbi étroit mais le caïd de cette maison devait avoir une sacrée smala pour se faire construire une coure aussi aérée. L’avantage est qu’elle laisse pleinement entrer le soleil africain dont on profite sur la grande terrasse arborée avec piscine et chaises longues. Le soir, quand il s’illumine de dizaines de lanternes marocaines, le patio prend des allures de palais de Shéhérazade.
C’est ensuite un bonheur de regagner le confort de mon antre décoré de ravissant mobilier marocain mais sobre sans les salamalecs parfois de trop dans le style oriental. Les quelques chambres et suites du Riad Charaï sont charmantes et très douillettes avec leurs portes et volets ouvragés, leurs alcôves et leurs salles de bain en tadelakt. La mienne a aussi une cheminée et même s’il n’y a pas bézef d’air frais c’est vraiment divin de se coucher devant une flambée.
Je ne suis pas surprise non plus de me retrouver devant un copieux petit déjeuner avec, entre autres, les fameuses crêpes marocaines, des jus frais et des viennoiseries pour accompagner mon petit kawa du matin.
Après une journée de visites, de balades et de shopping pour faire une razzia de babouches colorées, je n’ai qu’une envie : me relaxer dans la volupté d’un hammam traditionnel. Un éventail de soins et de massages utilisant des huiles traditionnelles est proposé au spa du riad. J’opte pour un massage relaxant à l’huile essentielle d’argan, un beau tatouage au henné et un brushing car ce soir j’ai décidé de faire la nouba dans les nombreux bars et restaurants branchés de Marrakech.
Shoukrane à toute l’équipe du Riad Charaï pour votre accueil chaleureux, vos petits soins et vos bons conseils, vous m’avez traitée comme une sultane !